Trouver sa place
Les premiers jours je ne réalisais pas vraiment. Tel un automate j'enchainais les gestes.
Je m'occupais de ma fille comme de tous les bébés dont je me suis occupée. Et puis je ne me rappelle pas à quel moment, un déclic s'est fait et j'ai réalisé que c'était MA fille, que je pouvais la caliner autant que je voulais, que je décidais de tout et que surtout je pouvais lui ouvrir mon coeur et laisser l'attachement affectif se faire.
Malgré ce déclic, le premier mois voir même les 6 premières semaines n'ont pas été évidentes.
L'allaitement est vraiment difficile, pas techniquement, bien que ça aussi ce n'est pas une évidence aussi bien informé que l'on soit, théorie et pratique sont 2 mondes différents. Je n'étais pas préparée psychologiquement. Cela a été extrêment violent pour moi. J'ai vécu cela comme de l'esclavage. Ma fille ne quittait ni mes seins ni mes bras. J'étais seule avec elle tout le temps, nuit et jour, seule à devoir décoder ce petit être. Nous apprenions à faire connaissance et cela s'est fait difficilement.
Dans mon esprit, mon mari et moi avons fait cet enfant à 2, donc tout naturellement nous devions nous en occuper 50/50. Seulement je n'ai jamais pensé qu'en allaitant cela serait impossible. C'est stupide de ma part mais du coup cela a causé cette détresse dans laquelle je me suis trouvée les premières semaines.
L'allaitement ne s'est jamais imposé. D'ailleurs au début de ma grossesse je ne souhaitais pas allaité. Puis peu à peu je me suis dit après tout pourquoi pas, essaie et tu verras. J'ai donc commencé l'allaitement sans pression aucune: ça réussissait tant mieux, ça ne fonctionnait pas tant pis. Et me voilà des semaines plus tard à m'accrocher à l'allaitement alors que je le vivais si mal.
Fatiguée, agressive, il n'y avait qu'avec ma fille que j'étais douceur et patience.
J'avais la sensation d'être abandonnée. Je n'ai jamais souhaité faire un bébé toute seule et là j'étais comme une mère célibataire. Mon mari était inutil. Le pire est qu'il ne cessait de le répéter. Il souhaitait s'impliquer mais ne savait pas comment. J'étais seule à pourvoir au besoin de notre puce, seule à reconnaitre ses sons, seule...Qu'elle soit si dépendante de moi m'éffrayais.
Ce sentiment de solitude est encore présent, moins violent. Mon mari ne sait toujours pas où se situer.
Notre petit ange a 2 mois. Elle n'est plus toujours au sein ni dans les bras. C'est une merveille d'adaptation.
Pour que le papa construise lui aussi des liens, soit à son tour une source de réconfort, et trouve peu à peu sa place, j'ai souhaité qu'il donne 1 biberon de mon lait tous les jours à notre puce.
Cela a contribué à allaiger la situation, j'ai pu sortir, faire des courses, aller à des rdv...je laisse mon mari et ma fille en tête à tête tous les après-midi. Parfois je sors parfois je fais des choses dans la maison.
Et là enfin un peu de réconfort. Ce n'est toujours pas du 50/50 mais je ne suis plus sa seule source. Le miracle s'établit, la colère s'enfuit, la rancoeur aussi. Je regarde ma fille et je souris. Je m'émerveille de tous petits riens, je suis dans la joie.
Ma relation avec elle se met en place peu à peu et il n'y a plus de douleur. Je peux profiter pleinement de tous les instants.
Avec mon mari, nous n'en sommes pas encore là. Chacun patoge de son côté pour trouver sa parentalité, une distance s'est installée qu'il m'est difficile de franchir. Je ne le trouve pas assez impliqué, alors qu'à dire vrai, il ne peux s'impliquer beaucoup plus.
Un rien m'énerve, mauvais geste, manque de dicernement, de logique. En gros un homme dirait que je ne suis jamais contente. Il aurait raison. Rien de ce qu'il fait n'est assez. J'ai beaucoup de mal à voir le positif en lui alors qu'il y en a tellement.
J'ai conscience d'être injuste alors, je ne le reprend pas, ne le critique pas, je me ferme simplement, pas de sourire quand quelquechose ne me convient pas. Il le voit ce qui augmente son malhaise, le rend encore plus maladroit et là je m'en veux encore plus. C'est un cercle vicieux.
J'ai bien pensé à en parler avec lui mais je me sens si injuste et puis il doit gérer l'extérieur lui. Le boulo, y a des problèmes en ce moment, cela ne se passe pas comme prévu. Il a besoin de sommeil pour pouvoir gérer, moi j'ai toutes mes journées pour faire un somme en même temps que la petite. Je n'ai pas envie d'en rajouter une couche.
Nous voilà à 3. Etre maman s'apprend jour après jour, je commence mon apprentissage. Etre femme s'apprend jour après jour, je continues mon apprentissage. Etre mamant et femme s'apprend jour après jour et je commence seulement à en discerner les implications, les difficultés...
De son côté, mon mari se retrouve lui aussi à devoir composer.
Pas si simple de trouver sa place.